[TRAITEMENT]

[NO-RES] est un film qui dresse le portrait de manière presque anthropologique d’un lieu amené à disparaître : la Colonia Castells, à travers trois moments-clé de sa vie de tous les jours.
Comme pour une expérience de cinéma direct, la caméra capte les moments sans que la présence d’une équipe de tournage ne se fasse ressentir.

Aucune voix off ne sera ajoutée après le tournage. Les images parlent d’elles-mêmes et racontent de façon cinématographique, des petites histoires liées au lieu, à cet espace. Aucune situation n’est inventée. Il n’y a ni acteurs, ni mise en scène.

Il n’y a pas non plus de narrateur qui donnerait l’apparence d’une objectivité, comme on peut le voir dans les reportages télévisés.

[NO-RES] raconte une histoire avec des plans simples filmés au trépied. L’idéalisation esthétique du sujet d’étude sera présent à tout moment. Les personnages principaux sont l’espace idéalisé des rues de la Colonia Castells et «l’ennemi», qui l’attend, menaçant, au-delà de ses limites: la rue Entença. Cette rue est une rue « normale » dans une ville comme Barcelone, mais à côté des ruelles de la Colonia, ça fait un grand contraste.

Protagoniste et antagoniste seront en opposition permanente par le dialogue architectural entre la verticalité et l’horizontalité, la vitesse et le calme, le bruit et le silence.

Le son direct devient un point clé du montage. Sons typiques d’une petite ville -des enfants qui jouent, le chant des oiseaux, le silence- contrastent de façon presque exagéré avec le son perçant de la circulation des voitures qui passent près de la colonie. Ce bruit est une sorte de leitmotiv, toujours présent dans les moments les plus dramatiques, jusqu’à l’identifier explicitement dans le point clé du film: le rien, le [no-res]. Le bruit de la circulation est donc une anticipation de la tragédie annoncée dès le début: la fin de la vie d’un espace bien-aimé. Tout au long du film, ce leitmotiv sonore monte jusqu’à en insupportable. Le contraste est parfois renforcé avec l’opposition de ce silence avec un silence absolu, tout aussi pénible. L’absence de son fonctionne comme une puissante ressource discursive, en particulier avec certaines images qui l’accompagne (les nouveaux bâtiments, par exemple) et pour contraster avec le son puissant de la circulation. Les personnages de cette histoire sont les voisins du quartier et leur espace de vie. L’espace est traité comme un caractère, par une insistance sur des plans qui se répètent dans des contextes différents et qui rendent quelques endroits de l’architecture très familiers: la rue Castells, rue Barnola, le passage Castells et le passage Transversal.

La plupart des maisons de la Colonia ont un ou deux étages, ce qui donnent l’agréable impression d’être dans un village. Il est, bien sûr, un espace inséparable des gens qui l’habitent. Pour cette raison, il sera un choc de le voir abandonné et -à la fin- détruit.

Laissez une Réponse